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Chronique : Opeth - Watershed

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Band : Opeth

Release : Watershed

Year : 2008

Country : Sweden

Genre : Extreme Progressive Metal

Label : Roadrunner Records

Note : 16/20

Tracklist :
01.Coil
02.Heir Apparent
03.The Lotus Eater
04.Burden
05.Porcelain Heart
06.Hessian Peel
07.Hex Omega
08.Derelict Herds (Bonus Track)
09.Bridge of Sighs (Robin Trower cover) (Bonus Track)
10.Den Standiga Resan (Marie Fredriksson cover) (Bonus Track)

   Il y a 3 ans, Opeth nous livrait le décevant "Ghost Reveries". Mais le mot "décevant", lorsqu’il est appliqué à Opeth, veut dire "bon" dans l’absolu, car si "Ghost Reveries" était moyen, il l’était par rapport aux albums précédents, mais non par rapport au reste du métal. En effet, dès le départ, avec "Orchid" (1993), le groupe suédois nous a habitués à de la très haute qualité et à un génie sans égal. Si le "Néo-Metal" n’est que du vulgaire prêt-à-porter, Opeth est la Haute Couture du Metal : tout en finesse, subtilité, émotion et technicité.

C’est tout naturellement que l’on s’est torturé l’esprit pendant des mois pour savoir ce que nous réservait Mikael Åkerfeldt & Cie. Serait-ce à la hauteur ? Allait-on suivre la voie de Ghost Reveries ? Un retour aux racines ? Déception ou agréable surprise ?

En tous cas, Watershed n’est pas le genre d’album à vous laisser indifférent : on aime ou on n’aime pas. Il y aura donc certainement des déçus, mais cet album amène avec lui son lot de surprises plus ou moins agréables.

La première écoute était extrêmement décevante et déconcertante. Moi qui vénère Opeth pour la "trilogie" Orchid / Morningrise / Blackwater Park, j’ai eu l’impression d’avoir reçu un coup de massue sous une anesthésie mal administrée. Je m’explique : L’album commence par un titre dénommé Coil. A première vue, c’était un morceau Folk Rock répétitif et dégoulinant de sentimentalisme, avec une voix féminine qui ne colle pas du tout à l’esprit Opeth, bien qu’elle ne fût pas désagréable. Ce n’était pas une mauvaise composition, mais quand on est habitués à "Face Of Melinda" ou autres "To Bid You Farewell", on se dit franchement qu’on est tombé bien bas. Il n’en demeure pas moins que la suite était tout à fait rassurante.

Mais pour comprendre Watershed, il faut d’abord comprendre ce qu’il n’est pas.

D’abord, l’ambiance des titres de Watershed est loin d’être "Opethienne". Souvenez-vous ! Depuis Orchid, les chansons d’Opeth transpirent une ambiance très sombre. Les émotions véhiculées par les différents albums étaient l’angoisse, la mélancolie, sur un fond subtil de sonorités médiévales (notamment à la basse et à la guitare acoustique, et même en disto, ex : "The Apostle In Triumph") quasi-indétectables à la première écoute.

Dans Watershed, les ambiances sont très variées, mais elles sonnent plus modernes et ne semblent pas venir des tréfonds d’un sombre lac, des ruines d’un cloitre médiéval, d’une forêt hostile ou d’une clairière accueillante.
Par ailleurs, ce changement de registre se ressent nettement, non seulement dans la musique, mais aussi au regard des titres des chansons et des paroles. Opeth est passé de Blackwater Park, Black Rose Immortal, Forest Of October à des titres comme Porcelain Heart, Coil et autres Lotus Eater

Ensuite, dans la manière de composer on a eu droit à une amère révolution. Finis les titres d’une complexité envoutante, qu’on peut écouter des centaines de fois et y découvrir à chaque nouvelle écoute les subtilités des transitions ou de l’harmonie du jeu des guitares et de la basse. Outre la parenthèse ultra-clean "Damnation", Watershed est incontestablement l’album le plus accessible du groupe. Il est, certes, moins complexe, mais tout aussi bien composé car il témoigne d’une irréprochable recherche musicale.

En effet, malgré ce changement total d’optique, ce qui fait que Watershed est tout de même bien Opethien, c’est cette prépondérance de la beauté et de l’émotion qui fait le génie d’Åkerfeldt.

L’autre changement qui se fait sentir dans ce dernier album se situe au niveau du chant… Rassurez-vous, les growls d’Åkerfeldt sont tout aussi magnifiques. Mais c’est au niveau du chant clair que le bât blesse : On est loin des fins, subtiles et rares "whisper" ou demi-phrases en voix claire auxquels nous sommes habitués. Ici, le chant clair prend une place prépondérante, ce qui n’est pas tellement mauvais en soi. Le problème est la manière de chanter qui a beaucoup perdu en sobriété et en charisme pour adopter des mélodies plus "émotives" comme dans Ghost Reveries dans une moindre mesure.

Mais au-delà de tout, Watershed n’est pas un album de Death Metal Progressive.
Il y a bien sûr dans cet album des passages qui, musicalement, sont du Opeth tout craché, notamment dans les riffs Death Metal de Hessian Peel, Hex Omega et Heir Apparent.
Néanmoins, cet aspect est loin d’être dominant. En effet, Watershed est avant tout, selon moi, un album de Rock Progressive des 70’s modernisé un peu à la manière d’Anglagard.

On sent qu’Åkerfeldt s’éloigne de son style habituel (depuis les 3 derniers albums). Il s’est permis peu à peu d’intégrer de nouvelles influences qui ont maintenant pris le dessus dans Watershed. Ce nouvel album est un mélange de Damnation (cet esprit est renforcé par les merveilleuses ambiances générées par Per Wilberg aux claviers), de Ghost Reveries, mais aussi de Deep Purple, de Pink Floyd, des Scorpions et bien d’autres dinosaures du
Rock. D’ailleurs, l’un des titres qui composent Watershed est une reprise de Bridge Of Sighs de Robert Trower. Cette influence se sent aussi dans les passages psychédéliques qui sont de plus en plus présents, dans les soli Blues-Rock et les accompagnements à l’orgue très Pink Floydiens.

En définitive, Watershed est un album à écouter absolument. Très agréable et chargé d’émotion, il décevra tout de même les puristes bornés. Pour apprécier cet opus à sa juste valeur, il faut se mettre en tête qu’on quitte un Opeth pour en découvrir un autre, mais aussi une écoute mature et débarrassée de préjugés.

Watershed est une entreprise audacieuse de la part d’Åkerfeldt. En effet, changer du tout au tout est un challenge qui demande du courage et dans lequel de nombreux groupes, craignant l’anathème, n’oseraient pas s’engager. Mais Opeth l’a fait ! Reste à savoir si cet album, qui intègre des influences très personnelles de Mikael Åkerfeldt, est un "tribute" aux groupes que ce dernier apprécie, ou bien si c’est la nouvelle tendance d’Opeth. On peut comprendre qu’au bout de 9 albums (voire chefs-d’œuvre), on veuille explorer d’autres sphères, mais il serait dommage d’abandonner l’identité musicale que l’on s’est forgée. Quant à moi, bien que je sois parvenu à apprécier Watershed à sa juste valeur, je persiste à vénérer l’ancien Opeth, celui d’Orchid et de Morningrise… L’avenir nous dira si Opeth reviendra aux sources et si Watershed n’était qu’une douce parenthèse à l’instar de Damnation, ou bien si cet album est annonciateur d’une nouvelle ère pour Opeth.

16/20
Par Shylock

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